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MobileMe : vers le réseau social ?

Anthony Nelzin-Santos

mercredi 24 novembre 2010 à 17:55 • 34

AAPL

En même temps qu'iOS 4.2, Apple a rendu gratuit Localiser mon iPhone, qui était jusque-là un module de MobileMe. De quoi raviver la bonne vieille rumeur du MobileMe gratuit, alors que la firme de Cupertino avance ses pièces dans le nuage et que la concurrence a fourbi ses armes dans le domaine. Une chimère ? Pas sûr…


Du gratuit au payant au gratuit ?
5 janvier 2000. Steve Jobs, sûr de son effet, lance les iTools, une suite de services en ligne. À l'époque, le « i » veut clairement dire Internet, et après l'iMac (vous le sortez de la boîte et vous surfez) et l'iBook (le premier ordinateur grand public à intégrer le WiFi), Apple cherche à pousser son site Internet. Le moteur de recherche de Google vient de sortir de bêta, la bulle Internet est à son plus haut niveau, Microsoft a revu MSN pour se concentrer sur le portail Web et MSN Messenger, tout juste lancé.

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Les iTools ont alors les honneurs d'un keynote, mais aussi d'un onglet du site d'Apple. iTools, c'est d'abord une adresse en @mac.com avec un accès en POP, mais c'est aussi iCards, un service de cartes postales virtuelles (comme le Dromadaire français), HomePage, un service de création de pages Web, KidSafe, un annuaire de sites Web adaptés aux enfants, et le fameux iDisk, un espace de stockage de 200 Mo. Et même un peu plus tard un service de partage de vidéos en ligne qui s'intégrait à iMovie, véritable YouTube avant l'heure.

Les iTools sont souvent romancés par les détracteurs de MobileMe, notamment pour leur gratuité : c'est oublier une partie de l'histoire. Le 5 janvier 2000, Steve Jobs présentait pour la première fois Mac OS X : Mac OS 8 est alors considéré comme obsolète, et les iTools ne sont officiellement compatibles qu'avec Mac OS 9. L'iDisk était déjà une vraie plaie : il n'était alors pas construit avec WebDAV, devait être monté à chaque opération, se déconnectait au bout de 2 minutes d'inactivité, ou au bout d'une heure d'activité — parfait pour le transfert de documents lourds (quelques Mo) à l'heure des connexions 56K. Il n'était surtout pas tout à fait gratuit : les services gratuits étaient financés grâce à un partenariat avec le FAI Earthlink, et l'iDisk lui-même était décliné dans des offres payantes.

17 janvier 2002. Steve Jobs, qui vient de boucler la dernière édition de la Macworld Expo New York, annonce aussi la fin des iTools, victime de leur succès : « la demande pour les services Internet comme le coût pour les fournir a augmenté excessivement. Nous ne pouvons donc plus offrir gratuitement les iTools ». Le patron se permet une pique à l'encontre de Microsoft, qui tape en partie à côté : « avec .Net, Microsoft ne fait que parler des services Web. Allons-y franchement avec .Mac ». Pas de quoi rendre le sourire aux 2,4 millions des iTools qui n'ont d'autre choix que de partir ou de payer 49,95 $ (au lieu de 99,95 $) pour conserver leur adresse @mac.com. Certains sont furieux, d'autres résignés : après l'implosion de la bulle Internet, la plupart des services gratuits ont soit disparu soit entamé une transition vers un modèle payant.

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Reste que .Mac en offrait plus que les iTools, de l'extension du courriel (support de l'IMAP, 15 Mo de stockage, webmail) à celle de l'iDisk (WebDAV, 100 Mo, Backup), et le désormais très drôle cadeau bonus : une licence de l'antivirus Virex. Au fil des années, .Mac a été mis à jour, mais moins vite que ses concurrents : alors que Google offrait Gmail et les services associés et que YouTube ou FlickR se lançaient, Apple se contentait de passer la quantité de l'iDisk à 1 puis 10 Go (2 ou 20 Go en version familiale), d'ajouter la compatibilité avec iWeb ou iPhoto et iMovie et de revoir parfois l'interface. L'insuccès était plus ou moins patent : Apple a très vite arrêté la publication régulière du nombre d'utilisateurs de .Mac, se limitant à 180.000 fin 2002. Au cours d'un keynote en 2006, Steve Jobs clamait que MobileMe venait juste de dépasser le cap du million d'abonnés.

La remise à plat du service intervint donc le 9 juin 2008 — et par remise à plat il faut entendre ménage par le vide, puisque les iCards, les signets en ligne, les groupes, puis finalement HomePage furent sacrifiés. Le grand coup de neuf sur l'interface aurait été mieux accueilli si Steve Jobs n'avait pas promis avoir « enfin fait les choses correctement » quelques jours avant une bérézina totale, entre retrait de fonctions, plantages multiples et débit indu de cartes de crédit, le forçant à se déjuger quelques jours plus tard dans un courriel interne : « MobileMe n'était pas à la hauteur des standards d'Apple — il aurait requis plus de temps pour le tester. […] C'était une erreur de lancer MobileMe en même temps que l'iPhone 3G, iPhone OS 2.0 et l'App Store ». Apple a fini par offrir pas moins de 3 mois d'abonnement à ceux qui ont essuyé les plâtres (lire : MobileMe : Apple offre 60 jours en plus).

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Les choses se sont depuis quelque peu calmées, malgré quelques petits hoquets. Apple a continué à étendre ses services Web, parfois au sein de MobileMe (reprise du webmail et du calendrier qui est passé au CalDAV), parfois en dehors (iWork.com bêta). Mais alors que MobileMe s'annonçait comme la pierre angulaire de la stratégie Web d'Apple et que certains annonçait la fusion de l'Apple ID/iTunes ID avec le compte MobileMe, il n'en a rien été. Jusqu'à la sortie d'iOS 4.2 et la disponibilité de Localiser mon iPhone gratuitement pour iPhone 4, iPod touch 4G et iPad. Tout le monde s'est concentré sur l'exclusion des anciens modèles, en oubliant de remarquer que cela créait un nouveau type de compte MobileMe.

Lorsque l'on active Localiser mon iPhone, il faut en effet désormais utiliser son compte iTunes comme compte MobileMe, ce qu'Apple appelle un « compte MobileMe gratuit » (lire : Explications sur "Localiser mon iPhone" en version gratuite). Ce qui n'était jusqu'ici qu'un vœu pieux semble désormais à portée de mains, surtout après le cafouillage qui a fait apparaître la Galerie MobileMe comme service gratuit. Certains diront que cela évitera à Apple de souffrir d'une class-action après les nombreux déboires de sa suite en ligne. D'autres assureront qu'Apple n'a d'autre choix que de le faire, à l'heure où les concurrents se servent de leurs outils en ligne comme d'un véritable argument pour vendre… des smartphones.

Le nuage, argument de vente pour les smartphones
Sous le terme nébuleux (c'est le cas de le dire) de nuage se cachent des technologies et des cibles diverses — résumons ici par « suites de services en ligne », même si cette définition est très restrictive. Le fait est que le nuage, justement, est aujourd'hui un argument de vente imparable en faveur des smartphones, téléphones connectés par excellence.

La plupart des suites en ligne intégrées aux smartphones se résument à quelques fonctions clefs : courriel, contacts et calendriers (les 3C), de préférence synchronisés en temps réel (push) ; partage de photos et de vidéos ; sauvegarde de certains paramètres et contenus. La différence va donc se faire sur la disponibilité du service, sa rapidité, son intégration au téléphone et entre les différents modules — et surtout le prix.

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MobileMe est en quelque sorte né avec l'iPhone, le mot « .Mac » n'évoquant pas forcément grand-chose à des utilisateurs majoritairement venus du PC Windows. Le mot « MobileMe », inauguré avec l'iPhone 3G et iPhone OS 2, a l'avantage de son inconvénient : il est extraordinairement peu imaginatif, mais va droit au but. C'est un service personnel, fait pour les utilisateurs mobiles, plaçant les données dans le nuage — son logo.

De la même manière que MobileMe est fortement intégré à iOS et Mac OS, la concurrence a fourbi ses armes. Android est naturellement fait pour communiquer avec les services de Google : l'adresse Gmail (ou Google Apps) est celle qui permet de se connecter à Google Checkout et l'Android Market, en même temps qu'elle fournit courriels, contacts et calendriers en push, la sauvegarde des applications installées ou des signets, l'intégration à YouTube pour les vidéos et Picasa pour les photos, et on passe. Les fabricants eux-mêmes ajoutent leurs services : HTC fournit un équivalent de Localiser mon iPhone pour ses derniers modèles.

Le modèle de Microsoft est légèrement différent. Si l'on est un utilisateur en entreprise, Microsoft Exchange fournit courriels, contacts et calendriers en push, mais permet aussi d'effacer l'appareil à distance en cas de problèmes. L'utilisateur lambda pourra utiliser son compte Live ID, qui fournit là encore les 3C, mais aussi la connexion au Windows Marketplace, au Xbox Live (jeux et tableaux d'honneur) ou au Skydrive (espace de stockage en ligne de 25 Go sur lequel on peut envoyer ses documents Office et sur lequel les photos et vidéos peuvent être automatiquement envoyées).

RIM aussi possède un modèle un peu spécial, puisque la synchronisation sans-fil est la base du fonctionnement des BlackBerry, qui communiquent avec des serveurs sécurisés d'une entreprise ou d'un opérateur. Là encore, les 3C sont disponibles en push ou presque, mais RIM ne possède pas lui-même de service de courriel : on peut donc utiliser n'importe quelle adresse de courriel pour l'App World, et BlackBerry Messenger se base sur l'identifiant unique de l'appareil.

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Palm enfin fournit un profil Palm, qui permet de sauvegarder les paramètres les plus importants et la liste des applications installées, mais il faut par ailleurs utiliser un service tiers pour les courriels, calendriers et contacts, le système Synergy se chargeant d'ailleurs d'unifier les éventuels doublons provenant de sources différentes.

Bref, MobileMe n'est qu'un service parmi d'autres, à cela près qu'il est LE service associé à iOS. Et c'est là que le bât blesse : pour celui qui se contente des courriels, contacts et calendriers en push, soit 70 % des fonctions de tous ces systèmes, MobileMe n'a pas d'avantages particuliers, il aurait même des inconvénients. Rien n'empêche en effet d'utiliser Gmail en push, voire même Hotmail comme serveur Exchange, sur iPhone — si on ajoute le Localiser mon iPhone gratuit, on obtient ni plus ni moins qu'un MobileMe. Mais l'inverse n'est pas vrai : MobileMe sur un smartphone Android (ou WP7 ou webOS) n'est rien de plus qu'un système de courriel IMAP, et il faudra passer par une application externe pour tirer parti du calendrier et des contacts en push.

MobileMe ne distingue donc plus que par une chose : son prix, là où tous ses concurrents sont gratuits — ou presque, puisque Google comme Microsoft se rétribuent sur la publicité et la data-mining, formes plus indolores mais aussi plus mesquines de paiement. Apple a pourtant une carte à jouer, soit en le rendant gratuit, soit en proposant un peu plus qu'un simple système de synchronisation.

Moi, mobile : vers un réseau social ?
Qui se souvient d'eWorld, le réseau social lancé par Apple en 1994 ? Concurrent d'AOL, il s'agissait d'une suite de services en ligne (navigateur, courriel, actualités, finance, arts et loisirs, éducation) disponibles au travers d'une interface graphique très innovante pour son temps. Accessible uniquement sur Mac à un tarif assez élevé, il représentait déjà un petit réseau social des utilisateurs Mac, même s'il n'a jamais dépassé les 120.000 utilisateurs. Les mauvaises langues diront même qu'il préfigurait les réseaux sociaux d'aujourd'hui avec sa controverse sur ses conditions d'utilisation qui indiquaient qu'Apple était propriétaire de tout le contenu créé à son travers…

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.Mac aussi avait une orientation sociale : son nom même en faisait un entre soi des utilisateurs Mac, et a d'ailleurs été promu de cette manière par une campagne de pub télévisuelle et Web. La lecture de la description des groupes fait frissonner tant elle ressemble à certains réseaux sociaux actuels : « les groupes .Mac vous permettent de communiquer, partager des événements et échanger des médias avec vos amis » — un vrai prototype de Facebook.

Ah, les années 2000 et cette manie de mettre des chiffres dans tous les pseudos…


MobileMe pourrait bien être leur successeur spirituel : là encore, le nom suggère un centrage sur la personne et non sur l'appareil, et sur une caractéristique de la personne, sa mobilité, qui suggère des usages, la prise de clichés ou de vidéos sur le vif, une partie de Doodle Jump en attendant le bus, un courriel envoyé ici et là, etc. Mais seule la gratuité pourra lui offrir la masse critique nécessaire à son succès : les iTools étaient moins complets mais plus utiles que .Mac parce que gratuits, ils étaient utilisés par plus de monde.

Apple a déjà en partie intégré iTunes Store et MobileMe : impossible d'utiliser son iTunes ID pour utiliser son adresse MobileMe si on a créé son compte iTunes avec une autre adresse… tout simplement parce que tout compte MobileMe est un iTunes ID. Les comptes gratuits pour Localiser mon iPhone entretiennent d'ailleurs cette confusion, parfois appelés comptes MobileMe gratuits, parfois appelés identifiants Apple.

La firme de Cupertino a au fil des années semé ses services Web et sociaux, ici le Game Center, là iWork.com, là encore Ping. Elle pourrait aujourd'hui faire comme les autres et proposer un identifiant unique en @me.com qui regrouperait non seulement les services basiques (courriels, calendriers et contacts, localisation), mais aussi des fonctions sociales (partage de fichiers, de photos et de vidéos, Game Center, ou même un Ping qui pourrait être étendu, FaceTime qui pourrait devenir un chat textuel). Cela est déjà en partie possible aujourd'hui, mais pourrait devenir beaucoup plus efficace et rationnel dans le futur, alors qu'on a pour le moment l'impression qu'Apple ne sait pas sur quel pied danser. Google le fait presque avec Gmail et ses divers services, mais Apple a l'avantage de la maîtrise de l'intégralité de la chaîne.

Cet identifiant deviendrait alors le véritable hub numérique dans le nuage, carte d'identité de l'utilisateur de produits Apple, presque porte-parole de la marque (et on sait qu'Apple adore ce canal de publicité qu'est le bouche à oreille). Fortement intégré à Mac OS mais surtout à iOS, il serait non seulement un argument de vente, mais aussi une chaîne de plus pour retenir les utilisateurs. Il permettrait accessoirement à Apple de se construire un graphe social que Facebook ne veut pas lui offrir : mélanger Ping (l'homme apprend à la machine) et Genius (la machine essaye d'apprendre de l'homme) pourrait peut-être débloquer de nouveaux rouages dans la grande machine Apple — osons le mot, dans la grande machine à dollars d'Apple.

Services intégrés, identifiant unique, et forcément gratuité pour s'assurer une base d'utilisateurs forte : Apple mettrait son expérience de l'intégration dans un réseau social complet et personnel, et frapperait assurément un grand coup.

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