Des fournisseurs de VPN s’insurgent contre la tournure qu’est en train de prendre la lutte contre le piratage en France. Depuis plusieurs mois, les détenteurs de droits sportifs se sont lancés dans une bataille tous azimuts pour faire reculer le streaming illégal qui pénalise leurs activités.
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Canal+, en particulier, cherche à mettre au pas les différents services qui permettent de contourner le blocage mis en place par les fournisseurs d’accès à internet. Saisie par la chaîne cryptée, la justice a ainsi contraint des DNS alternatifs à bloquer eux aussi des sites illicites fin 2024. Et désormais, ce sont les VPN qui sont dans le collimateur des ayants droit.
L’Informé rapportait au début du mois que Canal+ et la Ligue de Football Professionnel avaient assigné NordVPN, Proton VPN et Cyberghost devant le tribunal judiciaire de Paris afin d’obtenir le blocage de l’accès à certains sites. Canal+ a attaqué en outre Surfshark VPN et ExpressVPN.
Ces comparutions ont suscité l’indignation des acteurs concernés. « Cette injonction est une porte ouverte à d’autres abus et porterait atteinte à la nature même des VPN, censés offrir une navigation privée et sécurisée, a réagi Proton mi-février. Empêcher les utilisateurs d’accéder à certains sites Web nécessiterait par ailleurs des changements majeurs qui porteraient atteinte à la vie privée des utilisateurs et ouvriraient la porte à des attaques plus dangereuses contre la vie privée et la liberté d’expression. »
« La VPN Trust Initiative exhorte les ayant droit et les autorités françaises à reconsidérer leur approche et à lutter contre le piratage à la source plutôt que de cibler des technologies qui protègent la confidentialité et la sécurité des utilisateurs », a déclaré pour sa part dans un communiqué le lobby qui représente entre autres NordVPN, ExpressVPN et Surfshark.
Dans un entretien accordé le 24 février à TorrentFreak, le directeur du VPN Trust Initiative est allé plus loin :
Nous avons déjà vu cela sur des marchés comme l’Inde et le Pakistan, où les exigences réglementaires ont forcé certains services VPN à se retirer plutôt que de faire des compromis sur le chiffrement ou la politique de conservation des logs. La décision potentielle de la France de forcer les fournisseurs de VPN à bloquer du contenu pourrait placer les entreprises dans une position similaire, où elles devraient soit se compromettre, soit quitter complètement le marché.
S’agit-il juste d’une menace en l’air pour amadouer le tribunal ? Pas si sûr. Contraint de bloquer des noms de domaine, OpenDNS a décidé de quitter la France l’année dernière. Quand bien même les VPN visés se mettraient à bloquer les sites illicites ou à arrêter leurs opérations en France, cela ne marquerait pas la fin du piratage, d’autres services hors de la juridiction française pouvant prendre le relai. Le jeu du chat et de la souris est loin d’être terminé.